
Catalyseurs de commercialisation
Dans le monde de catalyseurs moléculaires, le nom « Dal » a atteint une certaine renommée.
En effet, le surnom de cette université est rattaché à une génération extrêmement célèbre de catalyseurs créés par le chimiste Mark Stradiotto et son équipe de recherche.
« Il n’existe qu’un certain nombre de métaux – vous n’avez qu’à regarder le tableau périodique », explique Dr. Stradiotto. « Mais si on peut concevoir des ligands qui peuvent se fixer au métal et l’intégrer, on peut convaincre au métal d’avoir des réactions ayant une utilité synthétique. On pourrait comparer ça à la conception de petites machines qui pourraient effectuer des réactions chimiques autrement difficilement réalisables.
« Dans notre domaine, quand on a réussi à faire ça, quand on a réussi à en créer un qui réussit et qui est usuel et s’il démontre un penchant commercial, on lui donne un petit nom facile à mémoriser. Ces ligands ont généralement « Phos » dans leur nom, en raison de la présence de phosphore, alors nous avons nommé notre génération de ligands « DalPhos ». Maintenant ce nom est connu partout dans le monde ».
Les ligands DalPhos ont été autorisés pour de nombreuses compagnies de produits chimiques. Le mois dernier, l’université Dalhousie a signé une entente d’option avec GreenCentre Canada pour un tout nouveau catalyseur conçu par Dr. Stradiotto et son équipe, celui-ci appelé OTips-DalPhos. Ce nouveau ligand s’est prouvé particulièrement utile avec les réactions qui font des indoles, des molécules qui sont des cibles efficaces en chimie médicale.
La recherche a bénéficié de l’appui de Springboard Atlantic, qui a fourni des fonds pour le brevetage et la validation de principe, suivi par l’appui du fond De l’idée à l’innovation du CRSNG et le fond pour les Premières phases de commercialisation d’Innovacorp pour compléter le développement de la phase de démarrage.
Penser en termes d’applications concrètes
Dr. Stradiotto attribue le succès de son processus – qui commence avec la conception sur papier ainsi que des pistes avec le développement en laboratoire de nouveaux catalyseurs – à un engagement à penser en termes d’applications concrètes dès le départ.
« Je reçois beaucoup de propositions pour des subventions et je vois des présentations (conférences) dans lesquelles on propose des ligands très compliqués et qui ne sont pas réalisables ou pour lesquels l’efficacité ne fonctionne pas », explique-t-il. « Les ligands que nous avons développés mettent vraiment l’emphase sur la simplicité. C’est pour cette raison qu’ils plaisent à l’industrie : Ils peuvent les fixer rapidement ».
Dr. Stradiotto collabore étroitement depuis de nombreuses années avec le Bureau d’innovation et de liaison avec l’industrie de l’université Dalhousie dans le but de faire avancer l’application commerciale de sa recherche. Il parle des membres du Bureau comme « faisant partie de notre équipe de recherche d’une certaine façon. Ils nous aident à créer des liens ».
« La commercialisation du travail dans le domaine de ligands peut être comparée à la recherche d’une aiguille dans une botte de foin », avoue Kevin Buchan du bureau d’innovation et de liaison avec l’industrie, en parlant de la recherche des meilleures connexions pour relier le travail d’un chercheur et l’industrie. « Le problème est qu’on ne veut pas breveter le foin. C’est excessivement cher. Alors nous avons modifié notre approche dans l’objectif d’attirer l’attention sur le travail à Mark. Quand il travaillait sur le projet de DalPhos il y avait déjà beaucoup d’intérêt au niveau commercial alors là on a créé un raccourci pour la mise sur le marché ».
Intéressant, utile, prospère
Ensemble, Dr. Stradiotto et le Bureau d’innovation et de liaison avec l’industrie ont discuté du bon moment pour commencer à comparer les acheteurs potentiels ainsi que le meilleur moment pour la publier – ce qui limite le potentiel d’octroi de licences de façon significative – dans l’intérêt de faire connaître et promouvoir davantage son travail. Dans un domaine compétitif, dans lequel il peut ne passer que quelques semaines entre la phase de l’idée et celle de la publication, parfois la meilleure approche est de tout simplement sortir le matériel des labos.
« La conception de ligands est d’une certaine manière similaire à la conception de médicaments, dans le sens qu’il est impossible de savoir à première vue s’ils seront utiles et performants – si c’est ce qu’on recherchait dès le départ, personne ne ferait quoi que ce soit ! » mentionne Dr. Stradiotto en riant. « Parfois, c’est très bien d’avoir une vision académique et de ne pas aller plus loin ».
« Mais rien ne m’enthousiasmerait plus que de créer quelque chose qui va atteindre les masses, quelque chose qui serait aussi intéressant qu’utile. On se sent comme si on avait eu un impact dans notre domaine, pas juste entre les quatre murs du laboratoire ».
Avec la génération de ligands DalPhos, incluant le nouveau OTips-DalPhos, les catalyseurs de Dr. Stradiotto se distinguent dans le domaine. GreenCentre Canada, un Centre d’excellence en commercialisation et en recherche national en chimie verte et membre du Réseau ontarien d’excellence, va investir des fonds dans le projet pour preuve additionnelle de développement principal de OTips-DalPhos dans le cadre de l’entente d’option. Le grand prix dans le domaine de la commercialisation de catalyseurs serait qu’une grande compagnie pharmaceutique octroie des licences pour une quantité importante à une grande échelle; cela pourrait représenter des millions en redevances.
Mais même tel quel, le travail effectué par Dr. Stradiotto sur ces catalyseurs a ramené près d’un million de dollars en fonds pour la recherche et le développement menant à la commercialisation.
« Les projets comme celui-ci rapportent à la région des redevances et de l’argent issu de recherches. Ainsi, notre province, la Nouvelle Écosse, en profite. Il est à noter aussi que ces projets nous font sortir, moi-même et l’université Dalhousie, en dehors du bâtiment. Dal (l’université Dalhousie) a maintenant gagné en crédibilité sur la scène internationale ».